La première quinzaine de Mai est une période assez chargée en émotions pour la Corse. On commémore pas mal de tristes anniversaires. Un 5 Mai, une tribune qui tombe, un peuple en deuil. Un 8 Mai un peuple entier qui tombe...

Un article de la revue Le Point est paru hier pour « célébrer » la défaite des troupes de Pascal Paoli. « Le début des emmerdes » intitule l'auteur, ce qui donne d'emblée une bonne idée de ce qui vous attend à la lecture de ce pavé marécageux. Pas un pavé dans la mare, déjà, car l'impact de ce torchon demeure trop restreint pour faire l'éclat d'un coup de tonnerre, si ce n'est par sa bêtise atterrante. Et puis, surtout, j'ai bien trop d'estime pour les mares à grenouilles...

Voici en tout cas, le premier paragraphe de cet ignoble ouvrage :

«  On connaît le Corse poseur de bombes, le Corse incendiaire, le Corse gabelou, le Corse fatigué, le Corse chanteur a cappella, le Corse truand, le Corse "si tu touches à ma soeur, t'est mort (*) !". Mais peu le Corse "sauve-qui-peut". Pour cela, il faut remonter au 8 mai 1769, le jour de la bataille de Ponte Novu qui vit le massacre de centaines de Corses par l'armée de Louis XV. Ces nationalistes de la première heure ne combattent pas encore la tête dans une cagoule, mais l'arme au poing à visage découvert. Remarquez, cela ne leur réussit pas tant que ça : [...] »

(* à noter la faute d'orthographe éloquente : Sois ils prennent sciemment les Corses pour des illettrés, soit ces pigistes à la lanterne débitent des lignes à la minute sans se relire...)

 

Et tout le texte est ainsi, un pamphlet narquois et mal renseigné, affligeant et dégradant l'image des hommes nombreux qui ont donné leur vie pour défendre leur pays, et leur liberté, conquise avec hardiesse et honneur, il y a bien longtemps, sur les berges du Golu.

 

Je ne m'abaisserais pas à donner une leçon d'histoire aux journalistes qui ont rédigé cette ignominie. A l'heure du verbe vide et creux à la minute, je doute qu'ils aient fait des recherches plus élaborées que Wikipédia pour rédiger leur article événementiel. Pourtant, la petite nation de Paoli, si arriérée et lâche, a surpris à plusieurs reprises le monde. Et même en posant le genou à terre, elle a forcé le respect et demeuré plus digne que les états qui avaient marchandé son destin. Où se trouve la fierté d'écrire que des hommes sommairement armés se sont faits massacrer par la meilleure armée du monde de l'époque (après lui avoir fait essuyer plusieurs défaites) ? Quel plaisir peut-on avoir à se moquer avec autant d'indécence de ce qui reste une page sombre de nos histoires respectives ?

 

A mon sens, le problème souligné par ce genre de propos est plus important encore. Il s'agit d'un problème immiscé dans cette France et qui ne cesse de la noircir : le Respect. Il est pourtant le ciment de tout ce qu'il y a de bon dans l'humanité, l'indispensable d'un monde meilleur. Le Respect, ça ne paraît rien, mais y songer, c'est déjà beaucoup. Alors le débat sur les contours de cette vertu essentielle dépasse le cadre restreint du peuple corse brimé, et s'étend par-delà les frontières sociétales. Le Respect, cela implique tolérer l'autre avec ces différences qui lui confèrent son identité. Toutes ses différences. Le Respect, c'est admettre que l'autre qui nous fait face puisse avoir une culture, des convictions politiques et/ou religieuses différentes des nôtres, qu'ils puissent aimer qui il veut, sans à devoir souffrir de cette partie de lui-même qui le fait sortir de cette « normalité » despotique imposée par le quorum. Le Respect, c'est tout simplement accepter autrui et ses valeurs qui lui tiennent à coeur, sans pourtant adhérer complètement à ses idéaux, juste comme on se respecte soi-même par définition, ni plus, ni moins. Je respecte les opinions de ces journalistes, ils peuvent penser ce qu'ils veulent de la Corse et de ses habitants. Cependant, eux manquent totalement de respect à l'ensemble des Corses, qui se recueillaient sans rien demander pendant ce temps. Rien d'autre à dire qui ne serait moyennement pertinent. Alors, j'arrêterai là mon argumentation.

 

Ne pensez pas que je mette la France entière dans un sac bon à jeter à la mer.
Je suis juste consternée, face l'indifférence et l'intolérance dont je suis souvent la spectatrice amère

Bon, des gens biens et tolérants, en ce doux pays, bien sûr qu'il en existe,
Rien à voir avec ces deux journalistes


On arrivera à construire quelques choses de bien, en gens de bonne intelligence.

En attendant, en toute diligence.

J'avancerai fièrement avec tous mes drapeaux,
Des bleus, des blancs, et des rainbow.

 

Flickii

 

PS : Promis, pour la prochaine, je reviens avec pleins de dessins ! Pour l'heure, je retourne chasser la souris...